Un lecteur de Neuchâtel m’a posé la question la semaine dernière : son fils de 17 ans hésite entre un apprentissage d’électricien et une HES en génie électrique. Que conseiller ? La réponse est plus nuancée qu’il n’y paraît — et elle revient régulièrement dans les PME que j’accompagne, sous forme de recrutement.
Voici ce que je lui ai dit, adapté pour tous ceux qui se posent des questions sur la filière de l’ingénieur en électricité en Suisse romande.
Les différentes voies pour devenir ingénieur en électricité en Suisse
La Suisse offre plusieurs chemins vers ce métier, et c’est précisément l’une des forces du système de formation helvétique. Il n’existe pas de parcours unique — ce qui signifie qu’il est possible d’atteindre le même poste par des routes différentes, avec des délais et des coûts variables.
La voie HES (Haute École Spécialisée)
Les HES sont les acteurs principaux de la formation d’ingénieurs en électricité en Suisse romande. La HEIG-VD à Yverdon-les-Bains, la HES-SO à travers ses différentes écoles, et la Haute École d’Ingénierie de Genève proposent des Bachelor en génie électrique ou en systèmes industriels.
La durée standard est de 3 ans en formation à temps plein, ou 4 à 5 ans en formation en emploi. Pour accéder à une HES en génie électrique, il faut en général soit un CFC dans un domaine technique connexe, soit une maturité gymnasiale avec une orientation technique, soit une maturité professionnelle technique.
Les diplômés HES sont très demandés, particulièrement ceux qui ont combiné leur diplôme avec une expérience pratique via les stages ou la formation en emploi. Leur profil, plus pragmatique et directement opérationnel, correspond bien aux besoins des PME suisses.
La voie EPF (École Polytechnique Fédérale)
L’EPFL à Lausanne propose une filière de génie électrique et électronique de haut niveau, avec une orientation recherche et technologie de pointe. C’est la voie la plus exigeante académiquement, avec un Bachelor de 3 ans suivi d’un Master de 2 ans.
Les diplômés EPFL trouvent principalement des débouchés dans les grandes entreprises suisses (ABB, Nestlé, Rolex, Logitech), les centres de recherche, et les startups technologiques de l’écosystème lausannois.
La voie apprentissage + CFC
L’apprentissage d’électricien de montage ou d’automaticien reste une voie royale en Suisse pour accéder rapidement au marché du travail. Après 4 ans d’apprentissage, un électricien CFC peut exercer, évoluer vers l’encadrement, et accéder à une HES via la maturité professionnelle.
Pour le fils du lecteur de Neuchâtel, j’ai conseillé de considérer sérieusement cette voie. En Suisse, l’apprentissage est rémunéré (généralement entre 700 et 1 200 CHF par mois selon l’année et l’entreprise), ce qui inverse complètement l’équation financière par rapport aux études gymnasiales.
Les salaires d’ingénieur en électricité en Suisse en 2026
Voici les fourchettes réalistes que j’observe dans le marché romand, basées sur des conversations avec des responsables RH de PME et des données de l’OFS :
Technicien ES ou HES junior (0-3 ans d’expérience) : 75 000 à 90 000 CHF brut annuel. Cette fourchette s’applique à Lausanne et Genève ; en dehors des grands centres, elle peut descendre à 70 000 CHF.
Ingénieur HES confirmé (5-10 ans) : 95 000 à 120 000 CHF brut annuel. Les spécialisations en automation, en énergies renouvelables et en systèmes embarqués sont les mieux rémunérées actuellement.
Ingénieur EPF senior ou chef de projet : 110 000 à 145 000 CHF brut annuel dans le secteur privé. Significativement plus dans le conseil ou les grandes corporations technologiques basées à Zurich ou Bâle.
Une précision importante : en Suisse, les salaires varient significativement selon le canton. Un ingénieur à Genève gagne en moyenne 8 à 12 % de plus qu’à Fribourg pour un poste équivalent, en raison du coût de la vie et de la concentration d’employeurs à forte valeur ajoutée.
Les débouchés en 2026 : où recrute-t-on ?
Le secteur de l’électricité en Suisse est en pleine transformation. La transition énergétique, la décarbonation du réseau, et la numérisation des infrastructures créent une demande soutenue pour les ingénieurs électriciens — particulièrement ceux qui maîtrisent les sujets de production renouvelable, de stockage d’énergie, et de réseaux intelligents.
Secteurs qui recrutent activement en Suisse romande en 2026 : les sociétés d’ingénierie énergétique (Alpiq, Romande Énergie, les SIG à Genève), les fournisseurs d’équipements industriels (ABB, Siemens Suisse), les PME spécialisées en automation industrielle, et les bureaux d’ingénieurs-conseils qui accompagnent les projets immobiliers à haute performance énergétique.
Ce que j’ai conseillé au lecteur de Neuchâtel
Ma recommandation finale pour le fils de 17 ans : commencer par un apprentissage de monteur-électricien dans une bonne entreprise, obtenir la maturité professionnelle en parallèle, puis décider à 22 ans s’il veut intégrer une HES. À ce moment-là, il aura une vraie expérience pratique, une vision claire du métier, et une indépendance financière que ses pairs gymnésiens n’auront pas encore atteinte.
C’est ce que le système de formation suisse permet mieux que la plupart des pays d’Europe : changer de voie à tout moment, valoriser la pratique autant que la théorie, et construire une carrière par étapes sans que les premières décisions soient définitives. Un luxe que beaucoup d’entrepreneurs dans d’autres pays n’ont pas eu.
La vraie question pour un jeune hésitant n’est pas « HES ou apprentissage ? » mais « qu’est-ce que je veux faire concrètement au quotidien dans dix ans ? » La réponse à cette question détermine la voie.
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Formation continue et évolution de carrière
En Suisse, l’ingénieur en électricité dispose de multiples voies d’évolution professionnelle. Après quelques années d’expérience, il peut viser des postes de chef de projet, de responsable technique ou même de directeur d’exploitation. Les certifications reconnues par l’IFFP permettent d’accéder à des fonctions d’encadrement dans les grandes entreprises énergétiques suisses comme BKW, EWZ ou Alpiq.
La transition énergétique crée également de nouveaux débouchés dans les domaines du solaire photovoltaïque, des bornes de recharge pour véhicules électriques et des systèmes de gestion intelligente de l’énergie (Smart Grid). Les PME du secteur cherchent activement des profils capables de combiner expertise technique et vision stratégique. Investir dans une formation complémentaire en gestion de projet ou en management représente un atout considérable pour les ingénieurs souhaitant évoluer vers des responsabilités élargies en Suisse romande.
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